Long, très long portrait du fondateur et patron des Grands Buffets de Narbonne.
J-13 pour candidater à la 1ère édition du Grand Prix Food & Beverage
Vous connaissez les FAB Awards ? En Angleterre, c’est la récompense ultime pour tout le secteur de la communication du food and beverage : de la publicité aux RP en passant par toutes les activations terrains et expérientielles. Le Groupe INfluencia, qui édite 6 newsletters thématiques et organise une trentaine d’évents B2B, a eu la bonne idée d’adapter la compétition pour la France.
Cela va se dérouler le 16 février 2026 à Paris mais les candidatures sont à envoyer jusqu'au 21 janvier prochain. Tout l'écosystème food est concerné : marques nationales et locales, distributeurs, enseignes de restauration, start-up et DNVB, coopératives, agences de communication, médias, producteurs de contenus et influenceurs... A vos candidatures ! Plus d'infos par là.
Collaboration commerciale
Nous sommes en 2016. Derrière son téléphone, Louis Privat tremble. Aujourd’hui, est mise aux enchères la mythique presse à canard de la Tour d’Argent, gravée au nom du restaurant. Rien que ça. Voilà trois ans que le restaurateur en cherche une, et voici qu’est vendue celle de l’institution qui a inventé, à la fin du XIXe siècle, la recette du canard au sang… Louis Privat est sur l’île de Sifnos, en Grèce, où il passe la moitié de l’année : il a donc mandaté son ami, l’antiquaire François Bachelier. Dans la salle Artcurial, à Paris, les acheteur·euses sont nombreux·ses : Américain·es, Allemand·es… Louis Privat s’est autorisé à monter jusqu’à 11 000 €, mais après vingt secondes d’enchères, la presse vaut déjà 18 000 €. Peu importe : c’est une affaire en or. Le marteau s’abat. La presse à canard est adjugée à 40 200 € pour le restaurateur narbonnais.
Quatre ans plus tard, Louis Privat est intronisé « canardier d’honneur », la plus haute distinction de l’Ordre des canardiers, et son chef, Philippe Munos, devient maître canardier. Les Grands Buffets deviennent alors le seul restaurant de France à proposer le canard au sang à la carte de manière permanente. Deux fois par service, a lieu « la cérémonie du canard au sang » : une mise en scène à l’image des Grands Buffets, où tout est théâtralisé. Face aux 300 mets proposés, je peux en attester : c’est le meilleur plat du restaurant. Ce paradis des enfants, des gourmand·es insatiables et des épicurien·nes, Louis Privat l’a inventé de A à Z.
« Le Grand Buffet, ça fait penser à une grande kermesse à la Bruegel, c’est assez étonnant parce que c’est unique », décrivait feu le chef trois étoiles Michelin Michel Guérard, ami admiratif de Louis Privat, dans une vidéo. « Cette ribambelle de bonnes choses à manger, en particulier les pâtisseries offertes à nos yeux, est quelque chose de formidable… On garde en nous une envie de rester enfant quand on voit tout ça. On devient évidemment gourmand, et même si on ne l’est pas tout à fait, on le devient davantage au fur et à mesure qu’on défile toutes les propositions. On va piocher à droite, à gauche… On revient avec un peu de remords en se disant : “Tiens, finalement je préfère ça à ça.” C’est un jeu en même temps : un jeu de piste, un jeu de plaisir, avec des odeurs, des parfums… On est entouré·es de jardins, c’est une espèce d’Eden, cette mise en scène qui fait penser à Ragueneau. »
Assis face à moi dans son bureau, dans l’aile ouest du complexe, Louis Privat ressemble à un jeune grand-père dynamique : pas très grand, le ventre un peu bedonnant, les cheveux poivre et sel, le regard jeune et rieur — un bleu perçant. « J’adore parler aux journalistes », confie-t-il. Au fil de notre entretien, il annule ses réunions pour me conter son histoire. « Je suis un véritable restaurateur : concepteur, pilote, chef d’orchestre. De la cuisine au service, en passant par le décor, la communication et la gestion », revendique-t-il. « Malheureusement, ce métier, à proprement parler, a disparu… Avant, quand on parlait de La Coupole, de Maxim’s, du Café de la Paix, on parlait des restaurateurs qui les avaient créés. Mais le Michelin a beaucoup fait pour qu’on ne retienne que le nom des chefs. Je prétends — et Michel Guérard m’a encouragé dans ce sens — qu’il existe encore un métier de restaurateur. »
Louis Privat ne vient pourtant pas du milieu. Fils d’une famille très connue à Narbonne — à l’origine de la principale institution médicale de la ville — il laisse ses trois grands frères reprendre le flambeau. Lui est un rêveur, un enfant moins scolaire. Bac en poche, il intègre une troupe de théâtre, puis écrit un livre « pour s’amuser », qui sera édité. « Mais je ne voulais pas me prendre pour un auteur : je savais que je n’en avais pas l’étoffe. Je devais faire quelque chose de plus sérieux, débouchant sur un métier. » À 23 ans, marié et père d’un petit garçon, Louis Privat obtient son diplôme d’expert-comptable. Un matin, la réalité lui saute au visage : il veut ouvrir un restaurant. Il achète alors un établissement à Leucate (Aude), au bord de la mer : La Côte rêvée. « Au restaurant, en tant que client, j’ai toujours eu un point de vue… Comme celles et ceux qui vont au cinéma et ont un avis sur la réalisation, sur une scène. Je raisonnais comme si j’étais restaurateur, alors que ce n’était pas mon projet. C’est pour ça que, quand j’ai ouvert mon premier restaurant, c’était naturel… »
À La Côte rêvée, face aux restaurants de plage « pièges à touristes », il tente de gagner la clientèle locale : « Sardinade, poisson au court-bouillon : des plats qui avaient disparu des tables. Des choses très basiques, préparées dans un grand gril-four à bois dont je m’occupais… Le tout dans un décor de théâtre, arrosé de belles soirées entre ami·es. Cela nous a valu une double page dans Géo. » Malgré le succès, Louis Privat préfère vendre après cinq années : le rythme saisonnier est incompatible avec sa vie de famille. Il saisit alors une opportunité : « Un appel d’offres de cafétéria à Narbonne, organisé dans le cadre de la création d’un complexe de loisirs et d’art. » Les Grands Buffets s’appellent alors Cafétéria de la Liberté.
...